@LGP- Muni d’un kit de nettoyage composé d’un bidon d’eau de savon et d’une tige d’essuie-glace, Salif, douze ans à peine, se faufile entre les véhicules au feu tricolore situé à l’entrée sud du centre commercial Cap Sud àMarcory. C’est un point stratégique où le trafic connait régulièrement un ralentissement. Là, sans crier gare, il surprend les automobilistes en aspergeant d’eau savonneuse les pare-brises des véhicules immobilisés. Entre rabrouement et étonnement des uns et des autres, Salif nettoie en quelques secondes les pare-brises. Puis, il tend la main à ceux qui veulent bien lui donner une pièce d’argent. Aux aguets, il passe régulièrement de longues heures à cet endroit. Bien des fois, il est stoppé net par des automobilistes avant de passer à l’acte. Ces derniers, généralement à bord de grosses cylindrées, considèrent le kit de Salif comme une souillure. Mais sans remords, l’enfant remet aussitôt le couvert sur le suivant, puis un autre et un autre encore. En somme, sur une dizaine de pare-brises qu’il parvient à nettoyer, moins de 5 automobilistes lui ont tendu une pièce d’argent. C’est un travail presque gratuit, qui n’a pas non plus de prix fixe. Puisque l’automobiliste tend ce qu’il a sous la main. Mais c’est toujours avec les yeux illuminés de joie que Salif collecte l’argent à ce carrefour.

  • Au nez et à la barde de la police

Autre lieu, même scène. En effet, au carrefour Kénya dans la commune de Yopougon, les feux tricolores qui mènent à la rue princesse et à Port-Bouët 2, sont envahis, presque tous les jours, par un groupe d’enfants dont l’âge prédispose manifestement au jeu ou à l’école qu’à autre chose. Comme Salif du Coté de Marcory, ils surprennent les automobilistes avec leur kit et s’improvisent nettoyeurs de pare-brises en pleine chaussée. Entre le compte à rebours du feu tricolore et le nettoyage, il arrive que l’opération soit au détriment des automobilistes qui doivent, malgré eux, repartir avec un pare-brise savonneux ou mal nettoyé.

De fait, l’activisme des «chasseurs de pare-brises» ne s’observe pas qu’aux deux carrefours que nous avons cités, il s’étend dans tout le district d’Abidjan. A la question de savoir si leurs parents ont connaissance de ce qu’ils font sur les routes, les enfants répondent par la négative. «On se cache pour venir ici. Parfois on peut gagner entre 500 et 1000FCFA par jour», explique l’un d’eux du côté de Yopougon Kenya.

Au carrefour Kenya de Yopougon où la présence policière est permanente en raison des nombreuses infractions au code la route (non-respect des feux tricolores et mauvais stationnement), c’est au nez et à la barbe des forces de l’ordre que les enfants «chasseurs» de pare-brises prospèrent.

A côté de ces “chasseurs de pare-brises” se déroule une autre activité voisine, tenue également par des enfants. Il s’agit de la vente des lotus. Plusieurs enfants moins âgés que ceux qui nettoient les véhicules s’occupent à vendre aux automobilistes des lotus et autres papiers hygiéniques. Contrairement aux premiers qui n’ont pas le temps de jouer, les seconds oublient par moments leurs marchandises et se surprennent en train de jouer dans la rue.

En effet, défini comme étant la participation de personnes mineures à des activités à finalité économique et s’apparentant plus ou moins fortement à l’exercice d’une profession pour adulte, le travail des enfants qui consiste au nettoyage des pare-brises des véhicules n’en est pas moins un travail inacceptable parce que dangereux. Car ces enfants ne sont pas à l’abri d’accident et de violence de la part d’automobilistes. Une telle activité tolérée dans les artères d’Abidjan ne constitue pas moins une autre forme de travail des enfants qui doit être dénoncée.

Charlène ADJOVI