@LGP- LGP- A quelques mois du scrutin présidentiel d’octobre 2020, le RHDP semble être gagné par le ‘’syndrome de la suffisance’’ qui incline à croire qu’on fera une bouchée du ou des adversaires. Ce qui fut le cas du FPI en 2010, lorsque ce parti laissait entendre ‘’qu’il n’y a rien en face’’, que ‘’c’est maïs’’, ou encore ‘’on gagne ou on gagne’’. On sait comment l’histoire s’est terminée. 

L’histoire serait-elle en train de se répéter? Serions-nous à quelques mois d’un remake de 2010, quand le FPI, alors au pouvoir et se croyant ‘’invincible’’, narguait ses adversaires par des propos pleins de suffisants, d’arrogance et d’orgueil. On entend encore l’ex- âme damnée du défunt régime, Blé Goudé, s’égosiller à travers micros et mégaphones : ‘’on gagne ou on gagne!!!’’, ‘’Y a rien en faaaace !!!!!!!!’’, ‘’c’est maïs’’, avec en fond sonore, le couplet ‘’c’est comment, comment, Laurent Gbagbo, il est sur terrain, devant c’est maïs’’. C’est dans cette ambiance empreinte de suffisance, de morgue et de mépris que se déroula le 1er tour de l’élection présidentielle de 2010. Le FPI qui pensait l’emporter au 1er tour, sans bavure, fut contraint à un second tour dans des conditions qui restent encore floues. Au final, le parti perdit la bataille électorale avant de perdre la guerre. Morale de l’histoire, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Des milliers de morts et une décennie plus tard, le RHDP qui semble n’avoir tiré aucun enseignement de cette leçon de l’histoire, emprunte la même voie, celle de la suffisance et de l’orgueil. C’est le ministre de la Défense Hamed Bakayoko qui, le premier, a allumé la flammèche. C’était le samedi 19 juin 2018, à Yopougon. Ce jour-là, dans un discours devenu mémorable justement à cause de cette référence historique, il laissa entendre qu’en 2020, ‘’c’est calé, c’est géré, c’est bouclé’’. C’était son message à ceux qui pensent que 2020 les verra en haut de l’affiche. Pour sûr, beaucoup d’Ivoiriens ont sans doute tiqué. Et pour cause, c’étaient comme des réminiscences des évènements de 2010. C’est comme si Blé Goudé avait resurgi sur la scène politique. A l’évidence, c’était du Blé sans Blé !

Mais, ce n’est pas tout. Puisqu’il y a les autres, ceux qui veulent faire croire qu’en dehors du RHDP, il n’y a pas de salut ! Sans oublier le ministre de l’Intégration, Ally Coulibaly, qui n’a éprouvé aucune gêne à tenir, devant ses parents du Nord, des propos dont le bon sens aurait dû l’amener à faire l’économie. «Ce que le président Alassane Ouattara et Gon Coulibaly n’ont pas encore fait pour vous, personne ne le fera», assurait-il en substance sur les traces de Guillaume Soro à Dabakala. Comme si c’était Alassane Ouattara et son RHDP qui ont construit la Côte d’Ivoire. C’est inouï. Mais ces sorties, loin de rassurer, apportent plutôt la preuve contraire : un manque de sérénité que cache cette suffisance et cet orgueil dont les tenants du pouvoir se servent comme d’un cache-sexe.

Alors, la question que les uns et les autres se posent désormais tombent sous le sens : le RHDP a-t-il déjà oublié où, ce qu’on pourrait appeler le ‘’syndrome de la suffisance’’, a conduit le FPI et par ricochet la Côte d’Ivoire? Ou bien, les ‘’unifiés’’ croient-ils que cela n’arrive qu’aux autres? Or, justement, cela n’arrive pas qu’aux autres et il se trouve souvent, trop souvent, hélas ou heureusement (c’est selon), que ce qui a tué Maclacla tue aussi Macloclo (merci Jagger). Une formation politique ne peut pas prospérer, comme Henri Konan Bédié l’a précisé mardi dernier, recevant les chefs traditionnels à Daoukro : «Dans les achats de consciences, les pressions, les chantages, les limogeages et le déni de la liberté d’opinion consacrée par la constitution». Et dire que tout ça se passe sous Alassane Ouattara. Il faut bien croire que les masques tombent à l’épreuve du pouvoir. Mais Guillaume Soro l’a dit d’une voix audible le 8 février dernier lors de sa démission de la tête du parlement : «Je ne suis pas homme à croire au jugement des hommes, mais à celui de l’histoire». Wait and see, auraient dit les sujets de Sa Gracieuse Majesté.

Alexandre Lebel Ilboudo