Rendre visite à un prisonnier à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) relève d’un véritable parcours du combattant. Nous avons fait l’expérience du racket et des petits arrangements  le samedi 1er septembre 2018.  Constat.

Samedi 1er septembre. Il est 7heures du matin, quand nous pointons le nez devant l’entrée de la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan(Maca), pour rendre visite à une connaissance déférée en ces lieux, il y a quelques semaines. Nous ignorons qu’être en possession du «permis de communiquer», n’était qu’une étape parmi tant d’autres formalités dans l’enceinte de ce centre pénitencier. Devant nous se dresse une foule nombreuse de visiteurs, comme nous. Ils étaient, en effet, des centaines à être venus, ce samedi-là, pour visiter des prisonniers. Notre enchantement s’est alors dissipé lorsque l’un des gardes pénitentiaires nous indique un hangar où nous devrions patienter. Le hangar déborde de monde. C’est sur ce site que les gardes vérifient les permis de communiquer. Un document que tout visiteur doit se procurer, au palais de justice. Le nôtre nous a été délivré au tribunal de 1ère instance du Plateau.

Nous allons rester dans ce décor bruyant jusqu’autour de 13 heures, sans pouvoir franchir cette première étape. Le processus est lent et la file est bien longue. Et pourtant selon les indiscrétions des habitués, il y a au total quatre étapes à franchir avant d’être en contact avec le prisonnier. Mais curieusement, certains  n’empruntaient pas le même circuit que nous qui étions sous le hangar. Ils étaient exemptés des «barrières» que nous devront franchir. Comment cela était-il possible? Une dame près de nous, nous souffle que ces «privilégiés» payent des passe-droits aux gardes pénitentiaires. «Je paie souvent 2000 FCFA comme eux pour aller vite. Mais aujourd’hui je n’ai pas d’argent parce que je dois donner le peu que j’aie à mon frère que je suis venue voir»,  révèle t- elle.

A bout de nerf, nous avons été tentés par cette expérience. Mais ç’aurait été de notre part une caution à la corruption et au racket. Nous prenons alors notre mal en patience et attendons sagement pendant qu’autour de nous la grogne montait. Finalement, à 14 heures, nous franchissons ce poste, ainsi que le second qui donne lieu au contrôle de ce que l’on apporte aux détenus. Et nous voila, à l’intérieur de la MACA. Là encore, une autre réalité se présente à nous. Selon que tu veux causer avec le prisonnier côte à côte ou à travers les grilles de sécurité, l’on doit délier la bourse. Chaque cas à son coût. Sans compter ceux qui vont appeler les détenus dans leur cellule. Ces derniers sont aussi des prisonniers. Ils sont reconnaissables à leur tenue.

Au bout de notre périple, nous sommes repartis de la Maca après avoir découvert que le racket et les petits arrangements font partie du lot quotidien de ce centre pénitencier.

 

Yannick Kobo