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De passage dans la plus grande commune de Côte d’Ivoire, Yopougon, nos yeux «captent» un mur occupé dans le sens de sa longueur, par des vendeurs de pagnes traditionnels d’origine africaine communément appelés ‘’pagnes kita’’.
Renseignements pris, nous sommes au niveau du carrefour Saint-André, dans le sous-quartier portant la même appellation du fait de sa proximité avec la paroisse catholique Saint-André. Dès que nous nous arrêtons, nous sommes abordés et  «courtisé» de part et d’autres par les vendeurs.Nous nous orientons intinctivement  vers le hangar de fortune d’une dame qui semble être la seule femme parmi les hommes. Chose qu’elle confirme au cours de notre entretien. Elle se nomme Sia Lou Nina Colette de l’etnie gouro. Et pour ceux qui ont une bonne connaissance de la Côte d’Ivoire, et de ce peuple, il n’est pas surprenant de retrouver dame Sia Lou, dans ce lieu de commerce. Pour preuve, un peu partout à Abidjan, on a des ‘’marchés-gouro’’, qui caractérisent le dynamisme des femmes gouro.
Sans faux-fuyant, dame Sia Lou Nina Colette et son «assistant», répondant à une de mes préoccupations, avouent faire de bonnes affaires dans le commerce de Kita et d’Adingra (une autre qualité de pagne) et des Abodjé, le nom traditionnel en ashanti (ethnie du Ghana) des sandales que l’on chausse, une fois qu’on est superbement habillé de ces pagnes traditionnels. D’ailleurs, c’est dans ce pays frontalier de la Côte d’Ivoire que cette dame et ses amis de ce marché se procurent les Kita. Quant à l’Adingra, ils peuvent l’avoir sur place. Concernant les tracasseries auxquelles elle pourrait être exposée, RAS (rien à signaler) m’a-t-elle rassuré, à part l’ODP (Occupation de domaine public) qui est un droit payé à la mairie, a-t-elle ajouté.
Mais qu’est-ce qui fait que ce business est si rentable et qu’il a de beaux jours devant lui ? Posons simplement cette question : A quelles occasions la population achète cette qualité de pagne dont les prix varient de 15.000FCFA à 80.000FCFA pour les Kita et de 6.000FCA à 9.000FCFA pour les Adingra. Les évènements pour lesquels ces pagnes sont prisés, selon nos interlocuteurs, sont les cérémonies de mariage, de dot et de funérailles.
En Côte d’Ivoire, tous les jeudis et les samedis, des mariages sont célébrés dans les mairies. Mais avant cette étape, pour mieux coordonner les choses, la cérémonie de la dot a lieu, au cours de laquelle les futurs mariés sont vêtus de ces pagnes traditionnels. Aussi, lors de cette même cérémonie, la famille de la future mariée est cadeautée de pagnes de «valeur». Concernant les funérailles, il y a des exigences au niveau de la qualité des pagnes qu’on exhibe, selon que la personne décédée est ton père, ton mari, ton oncle, ton grand-père, ton beau-père ou ta belle-mère pour ne citer que ces liens parentaux ou entre deux familles « unies » par le biais du mariage de deux de leurs enfants.
Ainsi, cela se comprend aisément que cette affaire ne peut qu’être juteuse, vu que notre quotidien est rythmé par ces évènements auxquels, aucune famille ne peut se soustraire.

Yannick Kobo

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