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Dans cette interview qu’il a acceptée d’accorder à lagenerraledepresse.net, le député de la circonscription électorale de Gbon, Touré Alpha Yaya s’est prêté de bonne grâce à nos préoccupations ; notamment, l’épineuse question de la réconciliation nationale, le chômage des jeunes, la présidentielle 2020 et bien d’autres sujets d’intérêt.Entretien.

Monsieur le député, on constate depuis un certain temps que vous êtes très actif sur les réseaux sociaux et dans la presse nationale. Quels sont vos motivations ?
Je vous remercie pour l’occasion que vous donnez aux politiques pour s’exprimer sur les sujets d’actualité, auxquels le pays est confronté actuellement. Il faut dire que mon objectif à travers ces meetings, c’est de rassembler toute la jeunesse ivoirienne, dans le but d’amener les jeunes à une prise de conscience collective pour une nouvelle orientation politique, je dirais également, un ‘’new deal’’. C’est vraiment dans ce but que je suis très actif sur les réseaux sociaux, ainsi que dans la presse nationale, comme vous l’avez souligné.
Lors de vos dernières sorties, vous avez parlé régulièrement de réconciliation nationale et demandé la libération des prisonniers politiques. Pensez vous qu’après tous les évènements malheureux qu’a connus la Côte d’Ivoire depuis les années 2000, les populations ivoiriennes peuvent être encore unies et que l’on peut arriver à une réconciliation vraie et sincère ?
Oui je suis sûr que nous pouvons arriver à une réconciliation vraie et sincère. Parce que l’histoire nous a démontré que des communautés peuvent se battre, des populations d’un pays peuvent se faire la guerre et après se réconcilier. Et cela l’histoire nous l’a déjà prouvé. Avec l’exemple de la seconde guerre mondiale pendant laquelle il y’a eu des millions de morts, où la France et l’Allemagne étaient deux pays ennemis. Mais aujourd’hui ils ont laissé derrière eux cette guerre et ils se sont réconciliés au sein de l’Union européenne. Il y a aussi le cas du Rwanda où Tutsis et Hutus se sont entretués. Mais aujourd’hui les Rwandais ont choisi la voie du dialogue, la voie de la réconciliation et celle de la reconstruction de leur pays. Je prends tous ces exemples pour vous démontrer qu’en Côte d’Ivoire, il est possible d’arriver à une paix vraie et sincère. Il suffit que cette nouvelle génération puisse se mettre au dessus de toutes les considérations politiques, ethniques et religieuses, aller sur de nouvelles bases, réapprendre à vivre ensemble et oublier le passé pour construire un avenir meilleur pour notre nation.
Selon vous, quels sont les facteurs qui pourront favoriser cette réconciliation vraie et sincère tant recherchée ?
Pour arriver à une paix sincère et durable, je crois qu’on doit libérer tous les prisonniers politiques. Il faut que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé soient libérés. Il est vrai, certains les accusent d’être à la base de tueries pendant la crise postélectorale. Mais au-delà des cas Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, il faut voir ces nombreux parents et millions de partisans qui les suivent actuellement. Et puis, si nous vivons, c’est juste pour un moment. Nos aînés qui ont aujourd’hui 50 ans et plus, d’ici 30 ans, je crois que la majorité de ces personnes ne seront plus sur cette terre, surtout avec l’espérance de vie qui se réduit de nos jours. Donc si nous restons dans cette division, en train de se combattre et de maintenir certains de nos frères en prison, je crois que cela n’a pas de sens.
Pendant que vous parlez de réconciliation nationale et que vous demandez la libération des prisonniers politiques, monsieur le député, au même moment, le président Ouattara a indiqué à l’occasion de la fête du travail le 1er mai dernier qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Quel commentaire pouvez-vous faire de cette déclaration ?
Le président de la République Alassane Ouattara a évoqué un fait. Il a parlé selon peut être le rapport qu’il a reçu du procureur général, qui est peut être en déphasage de la réalité. Donc, je crois que ce n’est pas sûr qu’il soit au fait des réalités. Parce que Simone Gbagbo est une détenue politique. Soul To Soul est un prisonnier politique. Et au-delà de ces cas, j’ai eu la chance de collaborer avec l’association des détenus de la crise postélectorale, ils ont un fichier qui est bien établi et qui atteste qu’il y a bel et bien des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Loin de moi l’idée de contredire le Chef de l’Etat, mais je parle de choses vérifiables et intangibles avec lesquelles nul ne peut ruser, s’il est dans la vérité ou veut être dans la vérité.
Daprès vous, quelles sont les solutions pour pallier à l’ép’ineuse question de chômage des jeunes ivoiriens, qui constituent à eux seuls plus de la moitié de la population actuelle ?
Pour l’épineuse question du chômage des jeunes en Côte d’Ivoire, la solution doit partir logiquement à partir d’une prise de conscience. Il faut que les jeunes prennent conscience que ce n’est pas forcement par la politique qu’on devient riche. Ce n’est pas en suivant les hommes politiques de façon aveugle qu’on s’enrichit. Et puis, les hommes politiques doivent, à leur niveau, créer un climat qui favorise la création d’emplois. Aujourd’hui, et comme cela l’a toujours été, l’économie de notre pays est basée sur l’agriculture. Et l’Etat doit faire en sorte que notre agriculture ne dépende plus des aléas climatiques. C’est-à dire mettre en place un système permettant la modernisation du secteur agricole, afin d’exploiter les milliers d’hectares de terres cultivables dont nous disposons ici en Côte d’Ivoire. Et au lieu de donner des dabas, des machettes aux agriculteurs en ce 21è siècle, l’Etat peut mettre sur pied, un projet d’encadrement des paysans, afin de les doter de tracteurs agricoles, de décortiqueuses, de semences modernes (…); et je crois que si cela est bien organisé, des millions d’emplois pour les jeunes seront créés. L’Etat doit également mettre en place une bonne politique d’encadrement des paysans, pour créer beaucoup d’emplois dans le milieu de l’agriculture. Et je crois qu’on pourra régler le problème du chômage des jeunes. Aussi, il faut que le gouvernement puisse établir un système qui forme les jeunes directement à l’entreprenariat. Parce qu’il ne faudra pas que les chômeurs passent tout leur temps à passer des concours. Le jeune ivoirien aujourd’hui, tout ce qu’il souhaite, c’est de devenir policier, instituteur, professeur, etc. Et lorsqu’il cumule ses diplômes et qu’il n’a pas l’opportunité d’intégrer ces professions, il est déjà abattu moralement. Donc c’est à l’Etat de créer plus d’emplois dans le secteur agricole, artisanal,…, afin de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, plutôt que de créer des emplois, des postes à la fonction publique.
En ce qui concerne l’élection présidentielle à venir, Honorable quelle est, selon vous, la personnalité politique ivoirienne capable de relever le défi du développement et de la réconciliation nationale ? Et pourquoi ce choix?
Lorsque je regarde la scène politique, la seule personnalité capable de relever le défi de la réconciliation nationale et du développement en Côte d’Ivoire, de façon sincère, est, de mon point de vue, le président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro. C’est lui qui est en mesure de bien diriger la Côte d’Ivoire en 2020. C’est pourquoi, je pense qu’il doit être candidat en 2020. Il est l’un de ceux qui ont reconnu leurs erreurs et demandé pardon aux Ivoiriens de manière sincère et à plusieurs occasions. Avec humilité, il demande pardon. Et je crois qu’il a abattu un travail colossal lorsqu’il était aux ministères de la Communication, de la défense et à la Primature. Et voila qu’en ce moment il est en train de faire un excellent et remarquable travail à l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Il est jeune et il fait partie de la nouvelle génération. Je crois qu’on peut quand même lui accorder une chance et le mettre à l’épreuve pour voir ce qu’il peut vraiment faire une fois qu’il aura été élu président de la République.

Quel est le message que vous pouvez lancer à vos populations en particulier et à la population ivoirienne en général pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire et pour une élection présidentielle apaisée en 2020?
L’appel que je voudrais lancer à la population ivoirienne c’est pour simplement dire que le peuple du sud n’est pas l’ennemi du peuple du nord, le militant du FPI n’est pas l’ennemi du militant du RDR. Nous avons un ennemi commun que j’ai identifié, c’est la pauvreté. Car dans presque la majorité des régions de Côte d’Ivoire, il y a d’importants problèmes d’infrastructures sanitaires et autres. Et même dans ma circonscription, il y a encore des localités où lorsque les femmes sont à terme et veulent accoucher, elles sont obligées d’emprunter des motos en ce 21è siècle pour parcourir des kilomètres afin d’avoir accès à un centre de santé dans le chef lieu de sous-préfecture. Parfois ces femmes décèdent au cours du trajet sur la moto. L’ennemi des Ivoiriens c’est aussi le chômage. Lorsque je regarde dans toutes les régions du nord, il n’y a pas d’entreprises qui emploient, ne serait-ce que trois personnes. Tous les jeunes sont aujourd’hui des chômeurs. Et ces jeunes lorsqu’ils n’ont plus d’espoir, ils prennent le risque d’aller à l’aventure et meurent dans le désert ou dans la méditerranée. Sous prétexte qu’ils veulent aller en Europe pour un mieux-être afin de s’occuper de leurs parents. C’est donc tout cela qui constitue le véritable ennemi des ivoiriens, le chômage et la précarité. Et je crois qu’on doit se mettre ensemble, conjuguer nos efforts et réfléchir à comment on peut développer ce pays. Au lieu de se combattre ou de mener des débats creux, pendant que dans d’autres pays, les populations sont en train de réfléchir pour développer leur nation et font des débats sur la nécessité de changer leurs conditions de vie. Franchement l’appel que je lance au peuple de Côte d’Ivoire, c’est qu’on se mette ensemble pour combattre la pauvreté.
Quel bilan pouvez-vous faire de la gouvernance Ouattara à deux ans de la fin de son second mandat ?
Bon, je dois avouer que c’est une colle pour moi. Cependant, je vous conseillerais de faire un sondage dans les différentes communes que compte le District d’Abidjan. Vous pourrez alors voir si le bilan du président Ouattara est positif ou négatif. Je m’alignerai sur cette opinion. Mais je ne pense pas être qualifié pour affirmer de mon petit bureau que ce bilan est positif ou négatif. Les gens trouveront forcément à redire.
Monsieur le député, votre mot de fin
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Qu’il fasse qu’en 2020 une nouvelle génération puisse occuper la majorité des postes de responsabilité de ce pays, pour conduire le destin de la Côte d’Ivoire. C’est tout le mal que je souhaite à ce pays !

Entretien réalisé par Georges Kouamé

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