PARTAGER

Cité historique pour avoir abrité les forts de France, du Portugal et des Anglais au Bénin pendant la colonisation, mais surtout , la traite des esclaves, la ville de Ouidah n’en est pas moins le berceau du Vodou. Le temple aux pythons, l’une des divinités du vodou, la plus ancienne selon les gardiens, est devenu un site touristique ouvert au public. Nous y avons fait une incursion’’risquée’’. Reportage.

Situé dans le quartier Dangbèsu, en plein centre de la ville de Ouidah, le mythique et mystique temple aux pythons fait face à la cathédrale de l’Immaculée Conception. C’est en soi une curiosité de voir une Eglise en face d’un temple animiste par essence. Mais qu’à cela ne tienne, le culte aux pythons à Ouidah remonte au 16é siècle à en croire Wilfried, l’un des gardiens du temple. L’emplacement de ce temple était à l’origine une forêt sacrée. C’est le berceau du vaudou au Bénin. Ce jeune homme, la trentaine révolue, a été initié et sert aujourd’hui de guide aux visiteurs. Avec lui, nous apprendrons que l’état actuel du temple repose sur la réhabilitation dont il a bénéficié en 1992 à l’occasion du premier festival mondial consacré à l’art et à la culture vaudou. Là, s’arrête notre cours d’histoire. Puisque, ce qui retient notre attention porte naturellement sur le quotidien de ces pythons qui, aux dires des gardiens du temple et des riverains, n’ont jamais fait de mal à personne. Ce, depuis plus de quatre siècles. L’entrée est payante. Et il faut débourser 1.000 FCFA pour y accéder. 2.000 FCFA, si le visiteur tient à faire des photos à l’intérieur. Selon les autorités communales, ce site accueille plus d’un millier de visiteurs par an. 90% des recettes reviennent aux familles dépositaires du temple et les 10% vont dans les caisses de la mairie.

Vivre l’expérience des pythons inoffensifs…

Dès que l’on franchit la porte d’entrée, le ‘’couvent’’ des pythons se situe à droite. A gauche se trouve un bâtiment en forme de case ronde, à l’entrée, recouvert de chaume. Un bâtiment de terre couvert de tôles abrite également une divinité protectrice. On trouve aussi dans la cour un énorme canari sacré blanc. Ce canari aurait plus de 200 ans, selon Wilfried. «Tous les sept ans se tient ici une cérémonie où les dignitaires du culte aux pythons se retrouvent pour un rituel», explique t-il.

Cet arbre aurait plus de 600 ans.

Plus loin, à l’angle droit de la cour se dresse un gros arbre, robuste et haut. Un linge blanc maculé ceint l’arbre à un mètre de hauteur. «C’est l’iroko sacré. Cet arbre a plus de 600 ans et renferme l’esprit des ancêtres. Si vous faites un vœu en posant votre main gauche sur l’arbre votre vœu se réalise», lance Wilfried. Et comme pour témoigner de la bienveillance de cette autre divinité, il ajoute : «Beaucoup reviennent toujours ici juste pour faire un don parce qu’ils ont eu gain de cause». Selon notre guide, des femmes stériles ont enfanté, et des malades ont recouvré la santé après avoir fait des vœux sur cet arbre sacré. Chaque année, le 10 janvier précisément, le chef du temple immole au pied du gros arbre un cabri lors d’une grande cérémonie.

– …Pour témoigner au monde.

Nous nous sommes laissés tenter par l’expérience.

Mais dans ce temple mythique, c’est le ‘’couvent’’ des pythons qui retient le plus notre attention. A l’intérieur, une centaine de reptiles partagent la pièce. «Ils sont inoffensifs, je vais vous en mettre un au cou», propose Wilfried. L’idée ne nous enchante pas du tout de jouer avec des serpents. Mais notre interlocuteur insiste tellement sur le caractère inoffensif des reptiles que nous acceptons finalement d’en prendre un dans les mains afin de nous rendre compte de sa docilité avant de le passer au cou. Mais même inoffensif, il nous aura fallu du courage pour le faire. Une expérience que nous immortalisons fièrement par des prises de vues. Doper par le gros collier autour du cou, le ‘’couvent’’ des pythons nous semblait soudainement familier. Et nous l’arpentons, posant toutes les questions qui nous passaient par la tête au gardien du temps. Lequel répondait systématiquement. «Nous avons ici des pythons de type royal. Il y en a une centaine. Des mâles appelés dangbé kpohoun et des femelles appelées dangbé dré. Ils mesurent entre 1 mètre et 1,50 et ne représente absolument aucun danger pour l’homme», nous renseigne le guide. Mais le plus surprenant dans le récit de Wilfried, c’est lorsqu’il nous apprend que la centaine de pythons que nous avons vue n’est pas alimentée mais doit se nourrir par eux-mêmes. «Nous les laissons sortir une fois par semaine du couvent pour 48 heures. Ils partent chasser des souris, des rats et des insectes pour se nourrir et reviennent», révèle t-il.

Le temple abrite une centaine de pythons

A la question de savoir s’il n’y a pas de risque que des pythons affamés, lâchés en pleine ville, ne s’attaquent à des humains, Wilfried est catégorique : «Ces pythons sont certes des serpents mais ils sont une divinité protectrice des hommes». Et de poursuivre : «Il arrive fréquemment que certains ne reviennent pas au-delà des 48 heures et se retrouvent dans les maisons voisines. Ces derniers les ramènent au temple». C’est qu’à Ouidah, les pythons et les populations cohabitent sans le moindre problème. Et quand il arrive que ces reptiles meurent, ils ont droit à des funérailles, comme des hommes. «Ces pythons vivent entre 10 et 50 ans. Quand ils meurent, ils sont mis dans un petit cercueil et enterrés au cours d’une cérémonie rituelle», rapporte le gardien. Le cimetière aux pythons, si l’on peut l’appeler ainsi, se situe juste derrière l’iroko. Mais seuls les initiés y ont accès.
En quittant ce temple autrefois réservé aux seuls initiés, nous réalisons que l’Afrique ne possède pas moins des divinités. Des centaines de pythons dont l’origine à Ouidah date du 16é siècle et dont l’histoire ne retient aucun cas de morsure ni une quelconque menace sur l’homme, ne peut relever que du mystique voire de la ‘’divinité’’. Ce n’est pas le moindre des mystères dont regorge le continent noir.

Alexandre Lebel Ilboudo, Envoyé spécial

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

quatre × 4 =