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La redistribution des cartes induite par l’ex-rébellion a conduit à l’acceptation et à la réhabilitation du président Alassane Ouattara, naguère combattu, brimé et ostracisé comme jamais homme politique ivoirien ne l’a été. Qui pourra, à l’heure du bilan, faire le décompte macabre de ceux de ses sympathisants et partisans, mais surtout des militants qui ont payé de leurs vies leur ralliement à sa cause ? Comme si l’histoire se répétait, l’on assiste, toutes proportions gardées,  à un douteux remake de cette sombre parenthèse des annales de la Côte d’Ivoire avec les misères faites aux proches ou supposés de Guillaume Soro.

Dernier acte en date sur la longue liste des victimes de la ‘’sorophobie’’, le décès du jeune Soro  Kagnon est venu rappeler aux uns et aux autres que la politique en Côte d’Ivoire est voisine de la haine et de la violence. On croyait en avoir fini avec cette conception douteuse de la gestion de la chose publique  avec l’avènement de l’actuel président, symbole vivant de ce que la méchanceté des hommes peut produire de cynique, de vicieux et de malsain. C’était vite aller en besogne.

A l’évidence, le cas Ouattara illustre jusqu’à  la caricature les vilénies et autres avanies que peut subir un homme politique jugé ‘’dangereux’’ par ses adversaires. L’espace de cet article ne suffirait  d’ailleurs pas pour lister par le menu les mesquineries, mais aussi les crimes commis par les contempteurs du mentor du RDR dans le rang des supporteurs ou militants de ce dernier.

Qu’il soit toutefois permis de rappeler que de nombreux partisans de l’actuel Chef de l’Etat ont souffert plus souvent qu’à leur tour de leur proximité ou supposée avec l’ancien DGA du FMI. Rien ne leur a été épargné. Rien. Privations de liberté, bastonnades, intimidations, humiliations, exactions, vexations, brimades, exil, mort, bref, ils ont connu les pires tourments et ont bu le calice jusqu’à la lie. Ils vivaient donc un véritable ‘’enfer’’ sur terre du fait de leur attachement à leur ‘’champion’’ pour qui ils étaient prêts à tous les sacrifices. Mais, depuis 2011, année de l’accession de Alassane Ouattara au pouvoir, un jour nouveau s’est levé pour ses ‘’aficionados’’. De ‘’pestiférés’’, ils sont devenus des privilégiés de la République.

Cependant, l’on assiste depuis quelque temps à ce qui s’était passé jadis sous les précédents régimes, sauf que les rôles ont été inversés. Puisque  les victimes d’hier qui semblent avoir oublié leur histoire se sont transformés, à leur tour, en ‘’bourreaux’’. C’est ainsi que les proches de Guillaume Soro semblent être dans l’œil du cyclone. Et comme une perversion de l’histoire, l’on voit de plus en plus, des partisans du président Ouattara faire subir à ceux de Soro ce qu’ils avaient, pour beaucoup, connu hier. Le pouvoir n’est pas en reste, puisque de nombreux proches du président de l’Assemblée nationale sont persécutés, quand d’autres ont perdu leurs postes et d’autres encore ont été trucidés. L’histoire serait-elle en train de se répéter ? Tout porte à le croire.

On peut, dès lors, mettre en parallèle ce qu’a connu Alassane Ouattara et ce qu’est en train de subir Guillaume Soro. Comme pour le premier, les partisans du second sont pris pour cible; comme le premier, le second est combattu, non pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il est : son aura et son charisme en ont fait un adversaire redoutable et redouté. Les similitudes vont-elles s’arrêter là ? On le saura en 2020. Peut-être.

En attendant, la haine de Soro ou ‘’sorophobie’’ a déjà installé un climat de suspicion et de délation au sein du RDR qui reste le plus grand perdant de cette absurde épuration qui vise à  mettre sous l’éteignoir Guillaume Soro . Autant chercher à cacher le soleil avec sa main.

Alexandre Lebel Ilboudo

 

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