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Créée par le Statut de Rome le 17 juillet 1998,  la Cour Pénale Internationale (CPI) a pris  effet  le 1er juillet  2002. Mais, depuis quelques années, des voix s’élèvent ici et là pour dénoncer le racisme et la partialité supposés  de cette juridiction internationale accusée par les Africains de ne s’en prendre qu’aux dirigeants du continent.

Après le transfèrement de l’ancien  président ivoirien  Laurent Gbagbo à La Haye, le 30 novembre 2011, au terme de la crise postélectorale qui a secoué la Côte d’Ivoire et fait plus de 3000 morts et des milliers de blessés, les critiques contre la CPI sont devenues plus audibles. Plus virulentes aussi. Le cas du Woody de Mama  est venu grossir le nombre des dirigeants africains poursuivis ou détenus à la célèbre prison de Scheveningen. Faut-il rappeler aussi le cas du Soudanais Omar El Béchir contre qui la CPI a lancé deux mandats d’arrêt  internationaux  pour les crimes commis par les Janjawids (ces supplétifs de l’armée soudanaise accusée des pires crimes  au Darfour)? En vain, puisque celui-ci continue à narguer les juges de la CPI et à régenter son pays d’une main de fer dans un gant …d’acier. Avec l’approbation tacite de ses pairs africains dont le soutien lui est acquis ou presque.  

Il y a également l’autre cas, celui du Chef d’Etat kenyan, Uhuru Kenyatta, poursuivi pour son implication supposée dans les violences qui ont marqué l’élection présidentielle de décembre 2007 qui ont fait plus de 1300 morts.  Il est vrai que les charges contre ce dernier ont été abandonnées par la Procureure Fatou Bensouda, mais le mal était déjà fait. La CPI ne pouvait pas échapper au procès  instruit contre elle par ses contempteurs qui l’accusent de ne s’en prendre qu’aux dirigeants africains. Soit, mais la question, c’est moins le fait que la Cour poursuit uniquement des Africains que de savoir le pourquoi. En effet, que font les dirigeants africains pour que la CPI s’en prenne à eux ? C’est la question de fond. Et elle pose la problématique du rapport des Chefs d’Etat  du continent au respect des normes démocratiques. De sorte que l’on est fondé à pointer l’incohérence ou la légèreté des détracteurs de la CPI qui ferment les yeux sur les ‘’crimes’’ des dirigeants africains pour s’acharner sur la Cour. Or, les missions de celle-ci sont connues.

  • Les missions de la CPI sont connues

Elle a vocation à promouvoir le droit international, à universaliser les droits de l’homme et son mandat est de juger les individus (et non les Etats) ayant commis un génocide, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou des crimes d’agression. La CPI pouvait-elle fermer les yeux sur les ‘’turpitudes’’ et les ‘’méfaits’’ des dirigeants africains connus pour leur propension à l’autocratie, à l’absolutisme et à la mal gouvernance ? 

 En tout état de cause, si l’on peut effectivement déplorer le fait que la Cour ne poursuit que les dirigeants du continent noir, il n’est pas moins vrai qu’elle n’a jamais poursuivi un ‘’innocent’’. On ne peut donc l’accuser d’outrepasser ses prérogatives. A l’évidence,  son existence est venue combler un vide qui a longtemps fait le lit des dictatures. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la CPI  fait désormais figure  de ‘’gardien’’  ou de ‘’gendarme’’ des droits de l’homme et contribue à la prévention contre les abus et les violations dans le domaine. Rien ne sert donc de vouloir la ‘’brûler’’ en l’accusant de tous les péchés d’Israël. Elle a toute sa place dans le ‘’maillage’’ judiciaire international. Sa disparition signerait le triomphe de la dictature sur la démocratie et, par extension, du mal sur le bien. Ce qui serait contreproductif pour l’humanité.

René Ambroise Tiétié

 

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