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La fausse poudre d'or

Des personnes peu scrupuleuses et avides d’argent semblent avoir trouvé un filon pour gruger d’honnêtes citoyens à qui elles font miroiter des ‘’ponts d’or’’. Voici le témoignage d’un homme à qui ces aigrefins ont soutiré de l’argent contre la promesse de lingots d’or extraits d’une mine à Danané.

R.A, ce sont les initiales de la victime d’un ‘’gang’’ de malfrats par qui il a été contacté le dimanche 03 juin 2018. Ce jour-là, il reçoit un coup de fil d’un homme qui se fait appeler Touré et qui se trouverait à Danané.  Laissons le concerné rendre compte de leurs échanges. «Le sieur Touré m’a appelé vers 18h30mn alors que de retour de l’église, j’étais couché dans ma chambre. Il se présente et se fait passer pour un ami de longue date du nom de Touré qui se trouverait à Danané. Effectivement, j’ai connu quelqu’un de ce nom dans le passé. Il me dit ensuite qu’il a une proposition à me faire et qu’il voudrait que je l’aide à écouler 800g d’or que quelqu’un va m’apporter le lendemain (le lundi 04 juin, ndlr) de Danané. Il  m’a donné le numéro de l’acheteur qui s’appellerait  M. Bernard.  Il m’a prié de le contacter en précisant que j’appelais de la part de Mme Bamba qui serait celle avec qui il a pour habitude de faire ses transactions. Mais, Mme Bamba étant en voyage pour un temps indéterminé, l’occasion était belle pour la remplacer et faire affaire désormais avec M. Bernard. Le plus intéressant c’est que l’or devait être acheté à 25.000F le gramme par M. Bernard, alors que Touré a dit aux villageois qui lui ont confié le métal précieux  que le gramme est à 14.000F, soit un différentiel de 11.000F. Un calcul rapide me permet donc de voir que les 800g valant 20.000.000FCfA, Touré et moi allions nous partager 8.800.000FCFA. Le sieur Touré m’a assuré que cette somme serait équitablement partagée. J’ai alors commencé à voir la vie en rose et à bâtir des projet dans ma tête. Erreur», relate R.A encore sous le coup de l’escroquerie dont il a été la victime.

Il explique la suite d’une voix monocorde. «Le lundi 04 juin 2018, comme convenu, Touré m’appelle pour me dire que le jeune homme à qui il a remis l’or est arrivé à Siporex et qu’il lui a donné mon numéro pour qu’on se voit. Il m’a instruit d’appeler M. Bernard une fois que j’aurai  réceptionné l’or. Ce que je fais dès que je retrouve le jeune à l’Eglise St Laurent de Yopougon où il dit être allé m’attendre puisqu’il ne connait pas le district d’Abidjan et qu’il ne pouvait pas rester dans la rue compte tenu de la valeur de la marchandise qu’il a sur lui. M. Bernard me fait savoir qu’il va me mettre en contact avec un contrôleur de la Sodemi pour vérifier la qualité de l’or. Ce dernier se fait appeler Michel et me demande de le retrouver à Abobodoumé avec l’or. Le jeune homme et moi empruntons un taxi pour rallier le lieu du rendez-vous. Quand nous sommes arrivés là-bas, le contrôleur présumé  me demande de lui donner 30.000F pour vérifier la qualité de la marchandise. Je lui fais savoir que je n’ai pas cet argent et que je ne savais pas qu’il fallait payer. Après discussions, il consent à prendre 20.000F. Il m’assure après contrôle que l’or est ‘’d’excellente qualité’’. J’appelle donc M. Bernard pour lui annoncer la ‘’bonne nouvelle’’. Celui-ci  s’en félicite et manifeste chaleureusement  sa joie. Je m’attendais alors à ce qu’on se rencontre pour qu’il finalise l’achat des 800g d’or. Malheureusement, il  me prie de patienter 72h, un délai que lui impose, soi-disant,  sa banque, puisque  48h plus tôt, il aurait retiré 60.000.000 FCFA pour honorer  des engagements similaires. J’en fais part à Touré qui me demande de tout faire pour lui expédier  ‘’quelque chose’’ pour contenter les  villageois qui s’attendaient à recevoir leur argent  ce lundi-là. Il prend le soin de me dire que c’est de la plus grande importance sinon les villageois pourraient confier leur or à un autre vendeur. Il me passe alors un vieillard qu’il présente comme le président de la coopérative des orpailleurs. Ce dernier me supplie presque de leur trouver 1.000.000FCFA pour lui permettre de faire face à la pression des orpailleurs. Sinon, il se verrait dans l’obligation de se tourner vers d’autres acheteurs. Ce qui n’était pas souhaitable puisque ces 800g n’étaient qu’un test, d’autres quantités d’or, selon le vieillard,  étant en réserve. Et comme je n’entendais pas perdre ce ‘’marché’’ qui me tombait quasiment du ciel, je me suis engagé à trouver ne serait-ce que 500.000FCFA pour faire attendre les villageois», poursuit la victime qui dit avoir contacté un grand nombre de personnes parmi ses amis et connaissances pour réunir l’argent réclamé.  C’est ainsi que le même lundi, après plusieurs tentatives infructueuses, il tombe sur un ami qui accepte sans difficultés de lui prêter 250.000FCFA contre 350.000FCFA  à rembourser le mercredi 06 juin 2018. Il se rend au Plateau où l’argent lui est remis. Puis, il retourne à Yopougon où il retrouve le jeune homme qui lui remet l’or en échange de l’argent. Il prend la marchandise et rentre chez lui avec le sentiment d’avoir conclu une bonne affaire.

Le mardi 05 juin, M. Bernard le recontacte et lui apprend que,  finalement, il a réussi à convaincre son gestionnaire de conclure la transaction ce mardi et non plus le mercredi. Pour autant, A.R doit passer par un monsieur  qui se fera un devoir de lui remettre un code qui permettra de retirer les 20.000.000FCFA de la banque. A.R appelle ce monsieur pour se faire remettre le code en question. Mais, contre toute attente, il s’entend dire que le code coûte 500.000FCFA et que ce montant peut être ramené  à 200.000FCFA. La victime  lui propose alors de payer la somme quitte à être remboursé une fois l’or vendu. Refus poli mais ferme du monsieur. «C’est alors que j’ai commencé à m’interroger : comment se fait-il qu’il refuse une proposition aussi simple, puisque l’or est déjà en ma possession et qu’il le sait. Quelque chose me dit que j’étais en train de me faire gruger. Je me suis alors ressaisi et j’ai rappelé Touré pour lui dire de venir sur Abidjan afin de conclure l’affaire avec moi et prendre sa part. Une proposition qu’il décline, bien évidemment. Et voilà, ils m’auront pris 250.000F et, par ricochet, mis à mal ma relation avec l’ami qui m’a prêté l’argent. Une situation que je déplore très sincèrement », se désole A.R que l’on sent triste.

Cette histoire montre une chose, les malfrats ne manquent pas d’imagination pour arriver à leurs fins. Chacun est prévenu et devra davantage faire preuve de vigilance pour ne pas tomber dans les mailles du filet. ‘’Abidjan est vraiment risquée’’, pour parler comme  l’artiste.

A toutes fins utiles, voici les contacts des différentes personnes qui forment le ‘’gang’’ des escrocs : 09-88-20-13/05-88-05-21/ 09-86-80-13/ 01-85-89 59/ 01-03-17-27 pour le faux gestionnaire X; 05-04-47-11 pour Touré ; 09 91-31-48 pour M. Bernard, le faux acheteur ; 66-04-36-84 pour Serges, le jeune homme ; 55-18-06-64 pour Michel, le faux contrôleur de la Sodemi.

Tassigny Auriol

 

 

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