@LGP- A Abobo, aux municipales 2018,  le ministre Hamed Bakayoko jouait plus que sa place au gouvernement. Il jouait sa carrière politique. Parce qu’une défaite l’aurait réduit à sa plus simple expression. Mais depuis sa victoire, le Golden Boy comme l’appellent affectueusement ses proches vise désormais un niveau supérieur de fonction. Il rêve d’occuper la Primature. N’est-il pas fondé à vouloir plus? Simple question de logique.  

Beaucoup n’en avaient certainement pas conscience. Mais l’intéressé, le ministre d’Etat, ministre de la Défense Hamed Bakayoko savait qu’à Abobo se jouait, le samedi 13 octobre 2018, l’élection la plus importante, sans doute, de sa carrière politique. D’ailleurs, cette commune martyre n’était pas son choix. Il a été poussé dans le dos par le président Alassane Ouattara après la promotion au poste de Médiateur de la République de Adama Toungara, l’ancien Bourgmestre. Le Chef de l’Etat qui ne voulait pas que son parti perde cette commune-symbole a alors jeté son dévolu sur l’un de ses plus fidèles lieutenants, Hamback.  A charge pour celui-ci de remporter la bataille du 13 octobre dernier pour qu’Abobo ne tombe pas aux mains de l’adversaire. Mission périlleuse, s’il en est, conserver l’ancien fief du commando invisible au sein du ‘’patrimoine’’ du RDR n’était donc pas une sinécure. D’autant que le jeune député Tehfour Koné, proche de Guillaume Soro,  était déjà sur le terrain et semblait être en territoire conquis.

  • Ouattara pourrait revoir ses plans…

Pour Hamed Bakayoko, c’était donc aller au casse-pipe que de s’aventurer à Abobo face à un protégé de Soro. Il a dû faire deux fois plus que celui-ci pour s’imposer. En effet, dire que Hamback a cassé la tirelire serait un doux euphémisme. Il a déversé des tombereaux d’argent sur les Abobolais qui n’ont sans doute jamais assisté à une telle démonstration de force… financière. Résultat des courses, il a été déclaré vainqueur avec 50.763 voix dans une élection où moins de ¼ de l’électorat abobolais a participé. Hamback venait de prouver qu’il ne manquait pas de légitimité, encore moins de cran en permettant au RDR de garder la main sur son plus sûr bastion. Et le chef de l’Etat qui l’a mandaté a désormais des yeux de Chimène pour lui. S’il y a quelques mois encore Hamed lui-même n’y pensait pas, sa nouvelle posture lui donne quelques idées. Pourquoi se contenter de peu quand on peut s’accorder plus?

En effet, il se rapporte depuis peu dans certains milieux diplomatiques et du monde des affaires que le ministre Hamed Bakayoko veut la place de Amadou Gon Coulibaly. La Primature. Et pas que ça. Il pourrait même devenir dans les mois à venir le nouveau choix de Ouattara pour être le candidat du RHDP unifié à la présidentielle de 2020 en remplacement de Gon Coulibaly. Le chef de l’Etat lui-même ne sème t-il pas la confusion dans l’opinion en positionnant visiblement Gon Coulibaly en même temps qu’il parle de passer la main à une jeune génération. Hamed Bakayoko pourrait être le grand bénéficiaire de ce qui s’assimile à un double jeu de la part du président Alassane Ouattara.

  • En abandonnant Gon Coulibaly…

Mais pas avant d’être passé par la primature. Une chose est certaine, l’ambition de Hamed Bakayoko est d’autant plus légitime qu’il est ministre d’Etat, le seul de l’actuelle équipe gouvernementale. L’intéressé lui-même y travaille avec son équipe dans la plus grande discrétion. Son épouse jusque-là absente à ses côtés, s’affiche de plus en plus en public. Alassane Ouattara lui confie de plus en plus des missions pour le représenter à l’étranger. Ce qui polit progressivement sa stature d’homme d’Etat. D’ailleurs, dans sa dernière livraison Jeune Afrique lui déroule le tapis avec pour titre «La machine Hamed». Confirmant même dans le détail ce qui apparaissait comme une rumeur du Palais du Plateau en 2017: Amadou Gon Coulibaly a tenté en vain de le sortir du gouvernement. Hamed Bakoyoko a le soutien de la first Lady, Mme Dominique Ouattara, qui le considère comme un fils. A ce sujet, il y a aucun doute qu’elle préfère de loin Hamed Bakayoko à Gon Coulibaly.

  • Comme il l’a fait de Soro

La politique n’est-elle pas un jeu de rapport de force? Après avoir travaillé en synergie, ces dernières années à brouiller les relations entre Guillaume Soro et Alassane Ouattara, les prochains mois pourraient donner lieu à une rivalité Bakayoko- Gon. Puisque la machine Hamed Bakayogo comme l’a si bien mis en exergue Jeune Afrique dans sa dernière parution ne s’arrêtera pas en si bon chemin. En tous cas, pas au moment où celui qui tient les manettes a le vent en poupe.

Mais entre les deux (Hamed Bakayoko et Amadou Gon Coulibaly), qui est le ‘’plus côté’’ actuellement? Usé par une impopularité flagrante que ne dément guère le temps, AGC comme l’appellent ses obligés, est-il encore l’homme de la situation ? Il est vrai qu’il compte au nombre des ‘’happy fews’’ du régime, mais que représente-t-il,  finalement,  en termes d’alternative crédible? A l’évidence l’estime ou la confiance de Ouattara ne suffit plus. Il faut un zeste d’onction populaire sans laquelle tout homme politique n’est qu’un opportuniste ou un situationniste. Or, c’est ce qui manque le plus à Gon qui n’est redevable de sa position qu’à Ouattara et à Ouattara seul. C’est un peu court pour jouer les premiers rôles. Hamed Bakayoko peut alors légitimement viser la Primature!

 

Alexandre Lebel Ilboudo