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Sujet à controverse, la perspective d’un 3ème mandat pour le président Alassane Ouattara continue à faire couler encre et salive en Côte d’Ivoire et ailleurs. Mais, au-delà du caractère discursif de cette éventualité, ne peut-on pas y voir une cause potentielle d’instabilité?

Répondant à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique à qui il s’est confié récemment, le Chef de l’Etat Alassane Ouattara a soutenu ce qui suit : «La constitution m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes». Ajoutant qu’il se réserve le droit de se décider en temps opportun. On voit donc clairement que sa position sur la question fluctue. Naguère, il soutenait qu’il ne ferait qu’un mandat, puis il en a sollicité un deuxième en précisant qu’il n’en ferait que deux. C’est pourquoi, lorsqu’il a émis le souhait de réviser la constitution, les Ivoiriens lui ont donné carte blanche espérant qu’il allait simplement ‘’élaguer’’ la Loi fondamentale pour en expurger les ‘’éléments confligènes’’, notamment la conjonction de coordination ‘’ET’’ qui fit tant jaser en son temps. Sans parler d’un ‘’certain bout de phrase’’, ‘’ne s’être jamais prévalu d’une autre nationalité’’ dénoncé à l’époque par maints juristes et les partisans du mentor du RDR.

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Au moment où enfle la polémique sur la question d’un 3ème mandat, les Ivoiriens sont donc fondés à marquer leur surprise. Du coup, beaucoup ont le sentiment d’avoir été floués et bernés. C’est comme si le successeur de Laurent Gbagbo avait caché son jeu. L’opposition dont c’est le rôle est donc vent debout et ne veut pas entendre parler d’un 3ème mandat estimant que si la constitution a changé, en revanche le président Ouattara n’a pas changé et a déjà fait deux mandats. De sorte que si l’on admet que la loi n’étant pas rétroactive, une telle éventualité est envisageable voire défendable, par contre, éthiquement, il est inadmissible qu’un homme s’autorise à ‘’manipuler’’ la constitution simplement pour se représenter et se donner autant de mandats qu’il le souhaite. N’est-ce pas là une cause potentielle d’instabilité quand on sait qu’une partie des Ivoiriens n’approuve pas le procédé, moins encore la méthode?
C’est alors que son argumentaire selon lequel, sa décision de briguer un 3ème mandat participe de sa volonté de préserver la stabilité et la paix en Côte d’Ivoire, sonne comme de la propagande. Car, il faudrait être sourd et aveugle pour soutenir une telle position, puisque la perspective de ce 3ème mandat suscite la polémique et pourrait, le cas échéant, ‘’embraser’’ le climat social.

A l’évidence, le président Ouattara se paie de mots et serait inspiré de renoncer à ce projet dont on peut dire qu’il sent le souffre, pour ne pas dire plus. C’est connu, Jupiter rend fou celui qu’il veut perdre. En tout état de cause, il faut espérer que le premier des Ivoiriens a suffisamment de lucidité pour savoir jusqu’où ne pas aller trop loin.

Alexandre Lebel Ilboudo

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